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27 octobre 2016

Qu’est-ce que la résilience ? Entretien avec Hélène Romano, psychothérapeute spécialisée dans le psychotraumatisme, membre du conseil scientifique de la Fondation d'entreprise OCIRP, dédiée aux orphelins en France.

 

Transcription textuelle « Qu’est-ce que la résilience ? »

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Entretien avec Hélène Romano, psychothérapeute spécialisée dans le psychotraumatisme, membre du conseil scientifique de la Fondation d'entreprise OCIRP, dédiée aux orphelins en France.

Alors actuellement il y a un terme assez à la mode qui s'appelle résilience alors c'est important de définir ce que c'est la résilience c'est un processus ça veut dire que ce n'est pas quelque chose de figé ce n’est pas quelque chose de définitif c'est quelque chose qui va bouger qui peut bouger en tout cas c'est un processus psychique après selon les référentiels théoriques on va considérer que ce sont les processus liés à l'adaptation liés au développement avec des incidences neurocognitives, chaque théoricien aura ses référentiels, mais pour bien comprendre c'est psychiquement ce qui permet à un individu de survivre à un événement terrible de survivre à cette blessure traumatique quand on est confronté à des choses douloureuses et le « ET » est très important d'avoir appris quelque chose de cette expérience si jamais dans la vie il est à nouveau confronté à quelque chose utiliser ce qu'il aura appris du premier événement dramatique donc il y les deux dimensions on entend souvent résilier c'est rebondir, non pas que rebondir résilier c'est continuer de vivre mais pas nécessairement parce qu’on peut continuer de vivre avec beaucoup de souffrance le processus de résilience, ça serait pour moi et en tout cas c'est ce que j'ai proposé dans les colloques internationaux ça été validé un processus psychique qui permet d'apprivoiser la douleur et la souffrance et cette blessure traumatique.

Donc ça veut dire que ça n'est pas l'oubli et ça, c'est très important de le dire, parce que dans le grand public alors, grâce aux travaux de Boris Cyrulnik en particulier on connait ce terme mais souvent, on le connait mal ou en tout cas on en entend ce qu'on veut il y a cette idée que la résilience c'est un peu l'ardoise magique, je suis résilient tu es résilient et hop on tourne la page et c'est terminé on n'en parle plus ce n’est pas ça du tout les personnes qui ont vécu des horreurs sont très blessées par ça parce qu'ils ont l'impression que oui ils vont bien si on prend des orphelins, ils ont repris l'école, ils ont des copains, adultes ils ont une vie, alors la vie, une famille, une vie heureuse, parce que les modèles caricaturaux sont pas toujours les plus les plus idéaux, en tout cas les meilleurs, mais ils sont heureux dans leur vie ils sont bien.

Ils ont du bonheur ils sont heureux, je pense que c'est le terme qu'on pourrait trouver chacun à sa forme de bonheur et d'être heureux, mais ça ne veut pas dire qu'ils ne souffrent pas et quand on dit, ah vous êtes résilient super oui, mais parce que j'ai réussi à inscrire mon passif traumatique dans une continuité de vie je l'ai apprivoisé il ne me plombe plus tous les jours mais ça ne veut pas dire que je ne souffre pas, qu'il n'y a pas des moments où je ne souffre pas.

C'est pour ça que la notion de résilience est importante a expliquer ça n'est pas l'oubli c'est apprendre à vivre avec et pas malgré ça en faire une force de cette horreur vécue et pour ça il faut l'apprivoiser, il faut donner du sens, il faut le décrypter.

Donc c'est un processus qui est long à se mettre en place c'est pas j'ai vécu l’horreur et hop je suis résilient on peut dire que les gens sont résilients après un certain temps une semaine après, ce n’est pas suffisant, c'est vraiment des mois des années après quand on regarde dans l'histoire de la personne ce qu'elle a vécu de se dire bon bien là où elle en est aujourd'hui dans ce qu’elle en dit dans ce qu'elle ressent on peut dire qu'elle est résiliente parce qu'elle ne souffre plus ou elle souffre de son histoire, mais cette souffrance ne la déborde plus.

Donc pour faire simple avec ce terme si complexe je dirais processus psychique qui permet d'apprivoiser la blessure traumatique mais qui n'est pas fait pour l'oublier. On apprend à vivre avec et certaines fois on fait des choses positives, les gens qui ont vécu des traumatismes souvent sont des activités professionnelles, associatives, d'attention à l'autre, de vouloir apporter des choses positives, de regards positifs sur la vie aussi parce qu'ils connaissent le prix de la souffrance donc c'est souvent des gens de grande valeur, mais attention ça ne veut pas dire qu’ils ne souffrent pas ça c'est une chose importante à dire l'autre chose importante à dire c'est que vous avez des personnes qui sont très marquées durablement par leur douleur si on prend les orphelins vous avez des gens qui ont perdu leurs parents enfants et qui des années après même adultes sont toujours dans un deuil très douloureux et qui vont se dire, mais moi je ne suis pas résilient je ne suis pas bien, je ne suis pas bon, je ne suis pas capable, parce qu'en France on a cette culture qui est marquée par notre histoire judéo-chrétienne le bien, le mal je fais les choses bien, j'ai réussi, c'est pas bien, etc.

C'est très dichotomique, c'est très clivé et les personnes blessées, traumatisées, que je peux prendre en charge adulte ont l'impression des fois d'être des mauvais patients parce qu'ils souffrent encore, donc c'est important de dire que la résilience la souffrance est là on l'apprivoise, on en fait quelque chose Vous avez des personnes qui survivent sans être résilients en étant résistants c'est un peu complémentaire ce n’est pas forcément opposé la résilience, ça serait apprendre à vivre c'est réussir à vivre en apprivoisant sa douleur la résistance, ça serait plus on vit malgré la douleur, il a plus de souffrance dans l'expressivité du quotidien c'est des gens qui vont se dire survivants d'ailleurs davantage dans leur histoire.

Donc ce processus résilient il n’est pas acquis comme ça, on sait qu'au niveau des contextes des événements vécus, subis, il y a beaucoup de choses qui vont favoriser ou pas la résilience donc pour faire simple ce processus résilient il est différent selon chaque individu parce heureusement on est pas des clones les uns des autres c'est lié à notre histoire d'avant au type d'événement à notre histoire d'après et les trois sont à prendre en ligne de compte.

L' histoire d'avant ce que l'on sait aujourd'hui grâce à la recherche c'est qu'un enfant ou un adulte qui a eu la chance d'avoir un environnement protecteur, sécurisant, valorisant, c'est les trois dimensions la protection la sécurisation la valorisation il a confiance en lui il a confiance en l'autre et ça va lui donner une force face aux épreuves parce qu'il sait qu'il peut compter sur l'autre.

Il sait que s’il se pense à ce moment-là minable, plus capable, honteux, il sait qu'il a été regardé par ses parents par des proches positivement et qu’il n'est pas que ça il peut se raccrocher à ce passé.
 Un petit bébé peut avoir ça sur quelques mois d'avoir un parent qui l'a porté psychiquement un grand dadais de 15 ans aussi, enfin c'est tous les âges mais on a aussi des situations ou les gens n'ont pas eu ça parce que les parents n’étaient pas présents psychiquement étaient déprimés, ils étaient pris par d'autres choses ils étaient maltraitants, ils étaient violents, ils étaient endeuillés,  ils n'arrivaient pas à ce moment-là à protéger leur enfant et être dans, il y a un pédopsychiatre qui s'appelle Winnicott, qui dit la bonne distance, soit trop collé à l'enfant l'enfant était un peu leur prothèse psychique à eux là pour les valoriser eux, pour les réconforter eux il n'existait pas par lui-même quand cet enfant viendra, il est seul au monde parce que le parent n'est plus capable de le protéger, parce que le parent souffre trop pour lui, soit le parent était trop distancié trop absent, trop rejetant, trop maltraitant.

Quand il n'y a pas eu précocement ça, c'est compliqué, ça ne veut pas dire qu'il ne sera pas possible mais on n'est pas au même niveau, et ce qui peut aider cet enfant c'est dans la vie d'après justement c'est de rencontrer, Boris Cyrlunik parle de tuteur de résilience, moi je parle de tuteur transitionnel, c'est assez complémentaire mais transitionnel au sens d'un adulte qui va permettre à l'enfant de comprendre ce qu'il a vécu de dégager ses ressources et d'avancer, donc la vie d'avant, cette protection, réassurance, sécurisation qu'on a eu ou qu'on n'a pas eu. Les événements, il y a des événements plus traumatogènes que d'autres quand c'est intentionnel, quand c'est de nature sexuelle et quand ça dure, c'est chronique, c'est beaucoup plus violent que quand c'est unique.

On sait par exemple qu'un enfant agressé sexuellement par un inconnu a beaucoup plus de facilités de se dégager des événements douloureux, de se dégager des troubles post-traumatiques qu'un enfant qui est violé par un parent pendant des années.

On sait qu'un enfant qui va perdre un parent dans un accident de la route le deuil, à priori, sera moins douloureux qu'un enfant qui voit ses parents assassinés qu'un enfant qui est présent lors de la mort de ses parents aura moins de facilité de capacité de ressources pour se dégager de l'horreur, parce qu'il a été lui-même traumatisé par ce qu'il a vu,  qu'un enfant qui est à l'école au moment où ça s'est passé. Donc le contexte est très important.

Et les orphelins, par exemple, il y a des contextes très différents. On perd un papa, une maman ils ont des âges différents, on a une fratrie ou on n'a pas de fratrie la famille est présente solidaire, ou la famille va se déchirer l'orphelin dans tous les sens l'enfant est présent, n'est pas présent la mort est accidentelle, c'est un suicide, c'est un crime... Il n'y a pas un orphelin il y a multiples visages de l'orphelinage et de l'orphelin et la vie d'après et là-dessus c'est là que l'attention aux orphelins doit être très importante puisque c'est notre sujet aujourd'hui au niveau de la fondation d'entreprise OCIRP et du conseil scientifique c'est que l'on sait grâce à la recherche que le devenir des personnes blessées psychiquement et surtout des enfants va être lié à l'attention qu'on va leur porter.

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