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25 juillet 2011

Le veuvage précoce Veuve depuis 2002 et mère de deux enfants, Corine Goldberger, journaliste à Marie Claire témoigne dans son livre, Quand la mort sépare un jeune couple – Le veuvage précoce

Tous les ans, des hommes et des femmes jeunes décèdent, laissant conjoints et enfants continuer seuls une route qui paraissait encore longue…

« Pour le meilleur et pour le pire... ». Chaque année, 30 000 personnes de moins de 55 ans sont confrontées à la perte de l’autre. Mais que sait-on des jeunes veufs?

J’ai décidé de rencontrer mes «pairs» en désarroi, pour entendre ce qu’ils avaient ressenti au fil des jours et des mois. Autour de moi, les familles monoparentales étaient uniquement issues de divorces. Je suis donc allée chercher ces personnes en situation de veuvage précoce.

C’est ainsi qu’est née l’idée d’écrire ce livre. Celui que j’aurais aimé trouver quand je suis devenue veuve.
Alors, j’ai choisi de partager mon expérience impensable : du choc du décès au retour à la vie.

Par exemple, mon fils avait 8 ans et ma fille 14 ans lors du décès de leur père. J’ai donc tenu à informer la directrice de l’école, la direction du collège et le professeur principal. Certains camarades ont estimé que mon fils avait raconté qu’il avait perdu son père « pour se rendre intéressant ». La directrice de l’école a eu une réaction très ferme et a exigé que les enfants présentent leurs excuses à mon fils. J’ai informé les professeurs de ma fille, qui ont eu, pour la plupart, des réactions stupéfiantes : ils ont considéré que cet événement ne les concernait pas…

Par ailleurs, les gens ne se préparent absolument pas car ils ne veulent pas penser à la mort. Lorsque l’on est salarié, l’employeur ou la DRH fait signer un papier afin de désigner le bénéficiaire de son capital en cas de décès. Certains parents font le choix terrible de désigner leurs enfants comme bénéficiaires du capital décès, car ils ont le fantasme que le conjoint survivant dépensera tout avec un autre compagnon. Le parent survivant doit alors rendre compte au juge des tutelles, ce qui est humiliant.

Dans le parcours du veuvage, le silence de l’entourage est également terrible.
Si l’on ne trouve pas les mots, l’important est d’être physiquement présent, c’est essentiel. Aucun veuf ou veuve ne s’invitera de lui-même parce qu’il se sent déprimé. Il faut aller chez eux, même s’ils déclarent n’avoir envie de voir personne. C’est l’attitude qu’ont eue mes amis, ils ont forcé ma porte en permanence, se sont invités, ont sonné chez moi. Il faut être là physiquement, même si l’on n’a rien à dire. Il faut prendre l’endeuillé dans ses bras et lui apporter une présence physique. »